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Cornichon à bâbord ! Une journée d’automne dans le Spreewald

„Et que rien ne manque au réseau de ces canaux de la Spree du charme de Venise… „ – Theodor Fontane

 

Cornichon à bâbord! – Une journée d’automne dans le Spreewald

Un polar devenu réalité

Je ne sais plus combien de fois j’ai regardé un de ces polars du Spreewald à la télévision.
Mais je sais que, chaque fois, je me suis dit : Il faut qu’on y aille.
Ces canaux embrumés, appelés ici „Fließe“, ressemblaient à Venise après un rêve silencieux.
Et nous y voilà. Non pas dans un film, mais à bord d’une barque en bois.
Un matin doux d’octobre. Les feuilles d’automne pendent aux branches comme du papier de soie.
Ça sent le bois humide et les étés oubliés.

Lumière du matin sur un bras du Spreewald – les arbres murmurent leurs secrets à l’eau silencieuse.

En barque avec Bastie

Bastie est notre passeur. Avec sa longue perche – le fameux „Rudel“ – il nous pousse doucement au large.
Pas de moteur, pas de bruit. Seulement le clapotis de l’eau sous la barque – et, parfois, un soupir de Reinhold quand il doit prendre les commandes.
Ça a l’air facile“, disons-nous.
Ça l’est“, répond Bastie.
Reinhold s’y essaie. Disons que… la direction est à peu près la bonne.

 

Reinhold à la barre – concentré, appliqué.  Bastie, le passeur aguerri, le laisse faire. Et moi? Je savoure en silence ce léger tangage des rôles inversés.

Un pays d’eau et de récits

Le Spreewald semble intact, sauvage – et pourtant, il est en grande partie façonné par la main de l’homme.
Dès le Moyen Âge, les Sorabes ont appris à guider l’eau sans la dominer.
Ils ont construit leurs fermes sur de petites îles de sable, les „Kaupen“, vivant avec la rivière, non contre elle.
Aujourd’hui encore, chaque méandre raconte cette alliance discrète entre nature, savoir-faire et mémoire.
Et tandis que notre barque glisse, on comprend : ici, ce n’est pas un paysage qu’on découvre, c’est une culture qu’on traverse.

Entre fließe et flegme

Le Spreewald ne coule pas. Il s’allonge.

Ici, on dirait que le temps s’est assis un jour – et ne s’est jamais relevé.

Entre les fließe : des îlots sablonneux, de vieilles fermes, des maisons en bois aux toits inclinés – avec ce regard tranquille de cent ans.

Je demande à Bastie ce qu’est exactement un „Fließ“. Il me regarde comme si j’avais demandé si l’eau était mouillée. Puis, gentiment, il répond : „Ici, tout est un Fließ.“

Et oui – le courrier arrive par barque. Les ordures aussi. Les enfants allaient même à l’école comme ça.

Je me dis que ce mode de vie m’irait bien.
Livraison par fließ, bien entendu.

Burg – ou l’heure ailleurs

Plus tard, en marchant dans Burg: de petites maisons en rondins, des toits de chaume – comme si le temps s’était arrêté là.
Les maisons sont dispersées le long des canaux, comme perdues exprès.
Dans le jardin des plantes médicinales, ça sent la menthe. Au loin, une sonnette de vélo.
Et je me dis: peut-être que ce lieu n’est pas un lieu, mais une manière d’être.

Le cas cornichon

Ici, on mange des cornichons. Toujours. Partout.
Sur le pain, à côté du pain, à la place du pain.
Et pendant que je mâche – mon troisième type aujourd’hui – je me demande : Combien de cornichons un être humain peut-il vraiment supporter?
Le serveur rit, comme s’il avait entendu ma pensée.
Ce sont les Hollandais qui les ont apportés“, dit-il. „Mais ils sont restés de leur plein gré.“

Le cornichon du Spreewald. 

Bien plus qu’un légume. Un mode de vie.

Un déjeuner typique du Spreewald : pain au saindoux, bière locale – et plus de cornichons qu’on ne saurait compter.

Conclusion ?

Le Spreewald, c’est comme un souvenir qu’on n’a pas encore vécu.
Un lieu lent pour pensées lentes.
Et quand on a glissé en silence sur un Fließ par un jour d’automne, on sait : tout chemin n’a pas besoin de but – parfois, passer doucement suffit.

Impressions de Burg et des canaux alentour – ponts, masques, meules de foin et silences suspendus.


Édith écrit ici.
Plus de 70 ans – et loin d’en avoir fini avec le monde.
Avec Reinhold, elle découvre des lieux, des histoires et des plaisirs – avec style, âme et une touche de champagne.

 

 

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