🧳 Pourquoi la Saxe, au juste ?
Tout a commencé par une décision, plus grande qu’elle n’y paraissait : nous avons vendu notre maison. Comme ça? Bien sûr que non. Mais à un moment donné, il était simplement temps. Et soudain, tout est allé plus vite que prévu – la vente conclue, les cartons bouclés, l’ancien chez-nous devenu histoire.
Reste la grande question: Où aller?
Nous avons cherché. Et trouvé – un duplex dans une villa neuve à Radebeul, près de Dresde. Ensoleillé. Stylé. Et: l’Est. L’Allemagne de l’Est. La Saxe.
Nous, toujours aussi curieux, nous sommes dit : Nous ne connaissons pas encore l’Est. Alors pourquoi pas ?
Les réactions ont fusé – des deux côtés de la République : „Vous allez vous installer en Allemagne de l’Est ? En SAXE? Pourquoi?“
Eh bien, pourquoi au juste?
Peut-être parce que le neuf nous attirait.
Peut-être parce que nous pensions : Un nouvel environnement. Un nouveau regard.
Peut-être aussi parce que nous n’avions aucune idée de ce qui nous attendait.
Et nous voilà partis – vers un Land riche en splendeurs baroques, en accents déroutants, en murs chargés d’histoire…
et en quelques rencontres de pierre.
C’était en 2021.
L’année de mes 70 ans.
L’année où le Covid dictait encore le programme.
Une année qui a tout changé – y compris nous.
🤝 De sœurs, de silences et de gâteau au fromage
Arriver, cela veut souvent dire : parler. Établir le contact.
Un sourire, une phrase amicale – et déjà, une forme de proximité naît. C’est ce que nous connaissions.
De nos années à l’étranger. De l’Ouest. Des États-Unis – où l’on engage une conversation sur un parking, devant une station-service ou entre deux carottes, sans raison particulière.
Le small talk comme art de vivre.
En Saxe? Compliqué.
Parfois, nous avions l’impression qu’une simple question – comme celle du meilleur boulanger du coin – était perçue comme un piège.
Défiance au lieu de curiosité. Silence au lieu de sourire.
Était-ce une question de génération? Ou de nous ? Ou bien faut-il juste plus de temps ici pour se réchauffer?
Un peu comme si l’on entrait dans une pièce de théâtre sans connaître son texte – et que tous les autres savaient déjà comment l’histoire allait finir.
Et puis un jour, je téléphone à un cabinet médical – et à l’autre bout du fil, une voix répond:
„Ici, sœur Peggy.“
Je suis interloquée. Sœur?
Dans un pays où même dans les salles de sport on se fait appeler „Coach“?
Plus tard, j’apprends: en Saxe, les assistantes médicales sont tout simplement appelées „sœurs“.
Alors bon. Frère, où es-tu?
Et sinon? Un petit rayon de soleil dans l’assiette: l’Eierschecke.
J’envoie une photo par WhatsApp à notre amie Heidrun, restée dans notre ancienne région: „Tu connais ça?“
La réponse ne tarde pas: „Bien sûr! Je suis née à l’Est!“
Moi non. Pour moi, c’était nouveau – et délicieusement surprenant.
Parfois, l’amour passe vraiment par le gâteau.
Envie d’essayer ? Voici la recette.
🏡 Un chez-soi provisoire – Radebeul
Radebeul, donc.
Un nom qui sonne comme un recueil de poésie – mais qui s’étire plutôt en un ruban de villas, de vignes et de pavés.
Le climat ? Doux, paraît-il.
La situation ? Pittoresque – une vallée entourée de coteaux couverts de vignes, de vieux murs, et de maisons dont le charme surpasse parfois la peinture.
Le charme ? Incontestable – mais avec une certaine patine.
Notre nouveau chez-nous se trouve à quelques pas du château Wackerbarth – un domaine viticole où le baroque flirte sans complexe avec la modernité.
Nous y allons souvent, pour y acheter des épices et quelques douceurs – mais le vin, en général, nous le laissons.
Trop sec. Pour nous.
Le parc du château murmure des histoires.
Celles d’Auguste le Fort, qui y recevait ses invités – et qui aurait proclamé un jour:
„L’eau rend sage, le vin joyeux – alors bois les deux avec conscience.“
Alors… santé.
🥾 Il y a beaucoup à parcourir à pied à Radebeul
Le Jacobstein, d’où l’on découvre un vaste panorama sur la vallée de l’Elbe.
L’observatoire Adolph Diesterweg, dissimulé sur une colline – témoin silencieux d’une curiosité scientifique d’un autre temps.
Et bien sûr, le Spitzhaus – avec son escalier monumental. Plus de 400 marches à gravir, encadrées de murs de pierres sèches et de petits pavillons. En haut : une vue digne d’un opéra.
Et puis, il y a Karl May.
Le grand inventeur du Far West – et enfant du pays. Son musée est conçu avec soin, même si le mythe vacille. Car : lorsqu’il écrivait sur Winnetou et Old Shatterhand, il n’y avait jamais mis les pieds – ni dans l’Ouest sauvage, ni en Orient.
On dit de May qu’il était un maître du récit… et de l’invention. Un affabulateur saxon doté du gène du best-seller. Il ne vit l’Amérique que peu avant sa mort – et fut déçu. Aucun duel final, aucun poteau de torture. Juste la réalité.
Et nous?
Nous passons souvent nos soirées sur la terrasse. La vue est belle, la vie tranquille. Et pourtant, nous le sentons : ce lieu n’est pas encore le nôtre. Peut-être ne le sera-t-il jamais.

🌍 Saxe – ce pays des merveilles sous-estimé
Jamais nous n’avions exploré un Land aussi en profondeur que la Saxe. À travers champs, à flanc de coteau, au fil de l’eau.
Nous voulions savoir. Et maintenant, nous savons : c’est… beaucoup. Beau, rugueux, surprenant.
La Saxe fut à la fois scène et décor. Et nous, en son cœur. Curieux, attentifs, parfois déconcertés.
Commençons par ce qui est sous les projecteurs – car la Saxe en a bien plus qu’on ne le croit :
✨ Dresde – le baroque avec une âme
Nous y sommes allés souvent. « Florence de l’Elbe », comme on dit joliment – et ce n’est pas usurpé.
La Semperoper, le Zwinger, le château de Lingner, les coteaux de l’Elbe, le Grand Jardin.
Blasewitz et ses villas dignes d’un roman.
Dresde a du style – et une douleur inscrite dans ses pierres, qui résonne encore.

👠 Moritzburg – la scène de Cendrillon
Vous vous souvenez de Trois noisettes pour Cendrillon ?
Bien sûr que vous vous en souvenez. Et oui, c’est là – sur cette île baroque – qu’elle a perdu sa chaussure.
À l’origine pavillon de chasse, Moritzburg devint sous Auguste le Fort un château de plaisance d’exception.
Aujourd’hui, il brille avec ses quatre tours d’angle, ses ponts, sa réserve de gibier – et une mémoire de conte de fées.
🏰 Muskau – Le parc de Pückler & le prince des contrastes
À la frontière polonaise s’étend le parc de Muskau – un rêve de paysage à l’anglaise, tout en élégance.
Le prince Pückler, visionnaire excentrique du jardin, aristocrate aux élans démocratiques, séducteur et dandy de salon.
Son château ? Il ne l’a jamais construit – d’autres s’en sont chargés.
Son esprit ? Il hante encore les allées et les roseraies.
Nous sommes assis au café du château – service moyen, mais la vue est grandiose.
🌉 Pont du Diable – Beauté diabolique
Dans le parc de Kromlau, silencieux et presque envoûtant :
Le pont du Diable. Construit avec une telle perfection que son reflet se fond dans la réalité pour former un cercle de pierre.
Un lieu digne d’un film fantastique.
Pas étonnant qu’on l’appelle « Pont du Diable ». Ici, l’esthétique comptait manifestement plus que l’utilité.

🏯 Forteresse de Königstein – Inexpugnable
Elle domine l’Elbe : la plus grande forteresse de montagne intacte d’Allemagne.
Si impressionnante que personne n’a jamais osé l’attaquer. Parfois, il suffit simplement d’être là – et d’imposer le respect.

🏞️ Monts de grès de l’Elbe – comme si la Terre avait respiré
La Suisse saxonne, parc national et scène naturelle à ciel ouvert.
Du grès, façonné par le vent, l’eau et des millions d’années.
Des tours, des gorges, des formations rocheuses étranges – un paysage hors du temps. Nous étions émerveillés. Nous le sommes encore.
🪞 Au-delà des cartes postales idylliques
Après tous ces palais, ces parcs et ces moments parfaits dignes de cartes postales, le quotidien est arrivé.
Et avec lui – les gloussements frénétiques du poulailler voisin.
Pas de coq, avait dit l’agent immobilier. Aucun coq!
Mais il n’avait jamais été question d’une demi-douzaine de poules hystériques.
Tellement bruyantes. Si nombreuses. Si infatigables.
J’appelle ma sœur Gerlinde.
„Allons donc, dit-elle, à quel point des poules peuvent-elles être bruyantes?“
Je lui envoie une vidéo.
Puis le silence. Un silence profond. Je suis sûre qu’elle a encore entendu ces dames à plumes longtemps après à travers la ligne.
Le jour de l’An ensuite: un nouveau chapitre dans notre cabinet de curiosités saxonnes.
Le fils adulte de la voisine brûle, avec un calme désarmant, des classeurs dans le jardin.
Feuille après feuille, heure après heure, la fumée s’élève vers le ciel. De l’air frais? Oubliez.
Peut-être est-ce aussi une forme de liberté.
Et puis, un après-midi, nous sursautons:
„Hallo, hallo ! Ici la police!“
Cela résonne dans toute la rue. Nous retenons notre souffle. Que se passe-t-il dehors?
Un braquage? Une fusillade? Un incendie? Non. C’est Helmut.
Helmut et sa représentation quotidienne.
„Bougez enfin cette caravane, bande d’abrutis, de salauds, de c… !“
Les voisins ne lèvent même plus un sourcil.
„C’est Helmut“, disent-ils seulement. „Il s’énerve toujours pour cette caravane.“
Ma sœur, encore une fois, doit écouter l’histoire. Je lui raconte.
„Mais où êtes-vous donc tombés?“, demande-t-elle.
Et je me pose la même question.
Et puis… un hot-dog dans un trou
Et pourtant – aussi étrange, aussi loufoque – cela aussi, c’était la Saxe.
Pas seulement de l’opéra et du baroque, mais aussi ce qui se cache entre les façades.
Par exemple : un hot-dog tout à fait particulier.
Dans une brasserie en plein air à Oybin, la saucisse n’est pas posée dans le pain – non, on perce un trou dans le petit pain et on y enfonce la saucisse.
Une version saxonne de la haute cuisine ? Peut-être. Bizarre ? Certainement.
Délicieuse ? Aussi.

Ce qui nous a surtout fascinés, c’est l’arrière-cour de la Saxe:
Les petits villages. Les maisons de guingois. Les ruelles pavées où l’enduit s’effrite et où la vie respire plus lentement.
Des endroits où tout n’est pas beau – mais où beaucoup est authentique.
Et parfois, oui parfois, un peu inquiétant.
🕯️ Lieux abandonnés & histoires perdues

Un lieu qui ne nous lâche pas: un ancien foyer éducatif pour jeunes – au fin fond de l’Est.
Un complexe autrefois destiné à „éduquer“ des enfants et adolescents.
Ce que nous apprenons? Peu de choses.
Ce que nous ressentons? Beaucoup.
Ce lieu est traversé par le silence. Par des histoires que personne ne veut – ou ne peut – raconter.
Par une discipline qui se cachait derrière des airs de bienveillance.
Par des murs qui se taisaient – et qui se taisent encore.
Autrefois orphelinat, puis centre de redressement, puis „foyer spécialisé pour enfants“. Fermé en 2000.
Trop tard, diraient beaucoup.
Aujourd’hui: un lieu en ruine. Et pourtant un mémorial – pas bruyant, pas didactique, mais murmurant et exigeant.
Un appel à la mémoire. À ne pas détourner le regard.

🎒 Une année en Saxe – et ce qui reste
Nous avons beaucoup voyagé dans notre vie. Au moins quinze déménagements, plusieurs pays, de nombreux lieux.
Nous savons ce que cela signifie d’être étranger quelque part. Et nous savons ce que cela signifie d’arriver quelque part.
En Saxe, nous ne sommes pas arrivés. Ce n’est pas un reproche – juste un constat. C’était comme ça. Nous avons essayé – avec curiosité, ouverture, patience. Mais parfois, cela ne suffit pas.
Bien sûr, il y a eu de la gentillesse ici aussi. Une propriétaire formidable qui nous a libérés du contrat sans faire d’histoires.
De nombreuses excursions, certaines à couper le souffle.
Et oui – un paysage impressionnant, riche d’histoire, de contrastes.
Mais il y avait aussi cette humeur de fond. Un sentiment d’étrangeté qui persistait. Un quotidien lourd. Une cohabitation qui n’en était souvent pas une.
🧭 De l’Est, de l’Ouest et de l’entre-deux
Nous ne sommes pas du genre à juger à la hâte. Et nous savons : l’histoire de cette région est particulière.
La Saxe fut jadis un royaume, puis une dictature, puis une région de transition après la réunification. Cela laisse des traces. Identité, fierté, prudence – et parfois, méfiance.
Le sociologue Steffen Mau a dit en 2024: „Beaucoup de différences subsistent – et c’est aussi très bien ainsi. La Bavière n’est pas non plus comme le Schleswig-Holstein.“
Peut-être que c’est là toute la vérité: tout ne doit pas devenir pareil. Mais on peut nommer ce qui est différent – et ce qui est difficile.
🌻 Ce qui reste, c’est l’expérience
Nous repensons à une année qui nous a beaucoup appris :
Comment les gens vivent différemment. Comment l’histoire s’inscrit dans le présent. À quel point la compréhension mutuelle est difficile – et précieuse.
La Saxe n’a pas été un foyer. Mais elle a été une expérience.
Carlo Levi écrivait: „Les expériences sont du sur-mesure. Elles ne conviennent qu’à celui qui les vit.“
Et oui – cette année en Saxe nous allait. Pas comme un manteau favori, mais comme un tissu qui nous a touchés.
📸 Ce qu’il y avait d’autre
Tout n’a pas trouvé sa place dans le texte. Mais bien des choses restent – dans nos têtes ou en images.
Petits villages, brefs arrêts, rencontres insolites.
Des coups d’œil sur une région qui a beaucoup à raconter – si on lui accorde du temps.

Edith écrit sur wanderlust-knows-no-age.com
Voyages, souvenirs et champagne – c’est son univers.
Blogueuse de plus de 70 ans avec la curiosité en héritage, elle partage des récits empreints d’âme, de lieux qui marquent et de moments qui comptent.
Toujours à ses côtés : Reinhold – complice fidèle et boussole tranquille. Sans oublier une touche d’autodérision… bien dosée.