Respirer, c’est déjà beaucoup
Un tuba jaune, un centime… et l’art de respirer au bon moment
Prologue – Une minute
Un homme demande à Dieu :
« Que représente un million d’années pour toi ? »
« Une minute. »
« Et un million d’euros ? »
« Un centime. »
L’homme ne réfléchit pas :
« Parfait. Alors je veux bien un centime. »
Dieu le regarde, avec bienveillance, patience, un léger sourire :
« Bien sûr. Attends ici une minute. »
J’ai souri en lisant cela.
Et puis je me suis dit :
Peut-être que beaucoup de choses dans la vie fonctionnent ainsi.
On mesure, on compte, on planifie.
Le temps, l’argent, les pas, les réussites.
Et quelque part, on perd le sens des proportions.
De ce qui compte vraiment.
Et de ce qui, au final, n’est peut-être qu’un centime.
Ou, avec un sourire discret :
Peut-être recevons-nous tout ce que nous souhaitons.
Mais pas selon notre propre notion du temps.
La légèreté ressemble souvent à des vacances. Mais c’est un état d’esprit.
L’homme au tuba jaune
La Californie résonne encore en nous.
Il y a quelques semaines, nous faisions nos longueurs dans une piscine à La Quinta.
Air chaud. Ciel bleu. Ce moment où le corps se souvient de la légèreté.
Juste nous deux. Des palmiers. Du calme.
Puis il est arrivé.
Un homme plus âgé, short de bain jaune vif, démarche décidée.
De loin, il agitait ses palmes en annonçant qu’il allait les tester.
Lunettes de plongée.
Et – incroyable mais vrai – un tuba jaune.
Jaune comme un signal.
Ou comme l’optimisme pur.
Il voulait vérifier s’il savait encore nager.
« On n’oublie pas comment nager », lui avons-nous dit.
« C’est comme le vélo. »
« Ce n’est pas vraiment nager », a-t-il répondu.
« C’est respirer. Je ne suis pas sûr de savoir bien respirer. »
Une phrase qui reste.
Il lui a fallu un moment pour entrer dans l’eau.
Le tuba ne se trouvait pas sur le côté, mais au milieu du front.
Comme un petit phare jaune.
Un peu comme un extraterrestre en cure.
Mais il nageait comme un dieu—
et soufflait après chaque longueur comme une vieille baleine.
Cette expiration profonde,
comme pour vérifier à chaque fois
que tout était encore là.
Après deux longueurs, il est sorti de l’eau et a déclaré :
Il lui fallait d’abord une pince-nez.
Sinon, impossible.
« D’accord. À demain. »
Nous ne l’avons jamais revu.
Parfois, un petit compagnon jaune suffit pour nous rappeler l’essentiel.
Respirer, tout simplement
Le quotidien nous a rattrapés.
Mes quarante longueurs me manquent.
Bien sûr, nous pourrions aller à la piscine.
« Faites du bleu tous les jours », promet le site.
Dans le gris du nord de l’Allemagne.
Une proposition presque audacieuse.
Le gris n’est pas vide. Il suffit de le regarder autrement.
Épilogue – Un souffle
Mais peut-être que Dieu a raison.
Peut-être que nos grands projets, nos « je devrais… »
ne sont finalement qu’un centime.
Pas sans valeur.
Juste autrement mesuré.
Peut-être que respirer, au quotidien, n’est pas une technique, mais une attention.
Reconnaître le moment, lorsqu’il est là.
Une respiration juste.
Une longueur qui fait du bien.
Un jour ordinaire—
et c’est précisément pour cela que tout est juste.
Et si nous avons de la chance,
c’est exactement cela que nous recevons.
Peut-être même
en une minute.
D’autres réflexions de la série « La vie entre les deux » se trouvent ici.
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elle écrit sur les voyages, les souvenirs et la vie entre les deux — avec poésie, sincérité et toujours une pointe d’humour.
À ses côtés : Reinhold, navigateur infatigable, calme impatient et gardien discret du sac de pique-nique.
